Y a-t-il une bonne façon d’être ami avec son ex?

Là où il y a de l'affinité, il y a de la fécondité, sous toutes ses formes.

Deux personnes qui se comprennent, qui se sentent avant même que les mots arrivent, qui reconnaissent quelque chose dans la façon dont l'autre habite le monde — cette rencontre produit toujours quelque chose. Elle ne peut pas ne pas produire quelque chose. La seule question, c'est quelle forme prend cette fécondité.

Avec un ex, cette forme se complique à cause d'une chose : l'étincelle.

L'étincelle rend l'amitié avec un ex dangereuse

Non résolue, l'étincelle nous fait revenir en boucle. On se donne rendez-vous pour un café et on finit au lit. On se dit que ça ne veut rien dire, puis on passe les trois jours suivants dans un brouillard étrange, le corps qui garde encore la mémoire, l'esprit qui réécrit une histoire qui était pourtant terminée.

Ou alors le retour est plus discret. On ne couche pas avec cette personne. On ressent simplement l'attirance, et dans ce ressenti, on devient énergétiquement infidèle à la personne avec qui on est. Rien ne s'est passé. Tout s'est passé. Il y a eu ce souhait, ce désir de revenir là-bas, et il a vécu en nous toute la soirée pendant que notre partenaire dormait à nos côtés.

C'est malsain. Et c'est ce que la plupart des gens veulent dire quand ils affirment que l'amitié avec son ex est toujours une erreur.

Le conseil qu'on entend partout est donc juste, dans une certaine mesure. Si on a un partenaire, on ne reste pas ami avec son ex. On ne le voit pas seul à seul. On ne se met pas à l'épreuve.

Mais ce conseil s'adresse à une situation précise : la rupture qui a été forcée.

Une rupture forcée laisse l'attirance intacte

Plutôt que d'avoir trouvé une vraie clôture, on a simplement fui la relation.

La douleur est devenue trop forte, alors on est parti. On a fait une valise, on a bloqué un numéro, on a changé de ville. L'amour qu'on ressentait n'a jamais trouvé sa clarté, il a seulement été interrompu. Les difficultés nous ont fait abandonner. On était épuisé. On n'en pouvait plus. Mais ça reste une réaction, pas une compréhension véritable. Et la réaction est mécanique par nature — elle n'est pas consciente. Quand on évite le processus conscient de chercher des réponses, en nous-mêmes et avec notre partenaire, on perd la capacité de transformer ce qui était là en quelque chose de plus sain. C'est seulement par la compréhension que les choses peuvent se transmuter. On se sentait coincé par les problèmes, alors ce sentiment de blocage reste, mais oublié. Il bloque complètement notre capacité à exprimer ce qu'on ressentait, qui pourtant était vrai et sincère.

Quand on part de cette façon, la relation reste vivante à l'intérieur. L'attirance persiste parce que rien n'y a répondu. Chaque rencontre rouvre tout ce qui est resté inachevé, et le corps — qui se fiche de ce que l'esprit lui raconte — tend vers ce qu'il n'a jamais pu terminer.

Pour quelqu'un dans cette position, le contact est vraiment dangereux. Parce qu'il y a une énergie vivante, réelle, qui circule encore entre cette personne et l'autre, et une énergie qui n'a nulle part où aller va toujours essayer de retourner d'où elle vient.

Une relation résolue se sent complètement différente dans le corps

Autre chose est possible, et ça ne demande aucune discipline.

Quand une relation a été pleinement vécue, pleinement pleurée et pleinement comprise, un savoir s'installe dans le corps. Cette personne n'est pas pour moi. Ce n'est ni une pensée ni une décision qu'on doit reprendre chaque fois. C'est un fait simple qu'on ressent et qu'on porte avec soi partout, sans avoir à y penser. C'est une conscience qui est devenue ce qu'on est, maintenant. Et on porte cette conscience quand la personne se trouve devant nous. L'affinité est toujours là, toute entière, parfois même plus forte qu'avant. Mais l'attirance sexuelle a disparu.

Elle a disparu parce que le corps a compris quelque chose que l'esprit peut mettre en mots. Notre esprit y mettra quelques mots, mais le corps sait beaucoup plus profondément, avec beaucoup plus de clarté. Qu'aller vers l'union, ou même simplement recoucher ensemble, ne serait plus fécond pour l'endroit où on en est maintenant. Ça ne porterait ni l'un ni l'autre vers ce pour quoi il est ici. Et quand le corps sait cela, l'attirance se dissout. Il n'y a rien à résister, rien à combattre. L'énergie arrête simplement de se déplacer dans cette direction, comme l'eau qui cesse de remonter une pente.

Ce qui reste, c'est tout le reste.

L'ex qui devient un frère, une sœur

C'est à ce moment que la personne commence à ressembler à de la famille.

On se connaît. On se sent. Des années d'intimité nous ont appris comment tourne l'esprit de l'autre, où habite sa peine, ce qu'il fait semblant de ne pas vouloir. Et maintenant, plus rien de tout ça n'est chargé par une attirance magnétique. On peut s'asseoir en face de cette personne pendant quatre heures et ne ressentir que cette chaleur particulière d'être avec quelqu'un qui nous a vus.

On n'a plus à se retenir de franchir cette ligne. Elle a cessé d'exister comme ligne, parce que la franchir demanderait de vouloir quelque chose qu'on ne veut plus.

Et alors toute cette affinité, libérée du circuit sexuel, devient disponible pour un autre type d'échange. Ces amitiés deviennent des sanctuaires, même quand on ne se voit qu'une fois par année, ou moins. Elles deviennent des espaces de clarté. Des endroits où une idée peut être dite à moitié formée et nous revenir clarifiée, parce que l'autre comprend notre pensée assez bien pour la compléter. Il y a souvent plus de compréhension qu'il n'y en avait à l'intérieur de la relation, parce qu'il n'y a plus de désir qui pèse sur la conversation, plus d'espoir, plus de négociation, plus d'avenir à protéger. Juste deux personnes, qui se rencontrent.

C'est d'une valeur immense dans la vie, particulièrement dans notre monde moderne où nos familles sont brisées et dispersées, où on ne vit plus dans une communauté vraiment tissée serrée. Isolés dans nos villes, on n'a plus vraiment de « frères » ou de « sœurs » qui peuvent nous sentir. Cet échange est fécond à sa manière.

L'énergie sexuelle n'a besoin que d'une seule personne

Quand le sexe entre en jeu, on travaille avec le lien, l'attachement, la transformation profonde, l'espoir pour l'avenir, et ainsi de suite. C'est bon. C'est le moteur. Ça nous donne la force et la raison de travailler sur nous-mêmes d'une façon qu'on n'aurait jamais trouvée autrement, parce que rien d'autre ne génère autant de chaleur, autant de désir, autant de volonté à se laisser défaire.

Mais on n'a besoin que d'une seule personne pour ça. Une personne avec qui l'affinité est assez profonde pour soutenir le processus des élans et des reculs, des espoirs impossibles, du deuil, du lâcher-prise, et de l'amour qui va au-delà de tout ça.

Toutes les autres personnes avec qui on est profondément accordé font partie de notre famille d'âme. Alors on sent qu'on n'est enfin plus seul dans le monde. Parce que parfois, on se sent seul même dans notre propre famille.

L'amour ne disparaît pas, il change de forme

Voici ce qui surprend les gens qui arrivent à cet endroit.

L'amour qui a vécu entre vous et cette personne n'a pas à se perdre. D'une certaine façon, l'Amour est éternel, au-delà de l'espace et du temps. Il vit au-delà de l'attirance sexuelle. L'attirance était une des formes qu'il a prises, adaptée à un ensemble particulier de circonstances, et quand celles-ci ont changé, l'amour s'est simplement traduit dans une autre forme. Il est toujours là. Sauf que maintenant, il s'ajuste à la Réalité — ici, maintenant, telle qu'elle est vraiment, pour vous deux. Et aimer, c'est être dans une forme de félicité, en quelque sorte. Il y a de la joie dans cette nouvelle expression, non sexuelle.

Alors quand on vit ça, il y a tellement de gratitude.

Pour ne pas avoir perdu la beauté de la relation avec cette personne. Pour qu'elle se soit simplement transformée en une forme adaptée à la Réalité. Pour avoir ces amis si proches qui peuvent vraiment comprendre. Pour avoir une clarté si profonde qu'il n'y a plus besoin de poser des limites, et que la fidélité énergétique se produit d'elle-même. Complètement naturellement. Pour pouvoir exprimer l'amour profond qui existe toujours, d'une façon tout aussi satisfaisante… simplement plus saine pour ce qui est là maintenant.

Ça a le goût de la liberté, comme une libération de l'esclavage sexuel. Comme une loyauté profonde, profonde envers son partenaire, venant du cœur même de son être.

Une libération de l'esclavage face au va-et-vient sans fin des circuits sexuels, la façon dont ils organisent notre attention et décident, sans nous demander notre avis, à qui on pense le soir.

Pouvoir se sentir intime avec quelqu'un du sexe opposé et ne ressentir absolument aucune attirance, d'un côté comme de l'autre, c'est découvrir que le cœur peut mener. Qu'il en a toujours été capable.

Et c'est ça, la loyauté. Pas la loyauté des règles, mais celle qui monte du cœur même de notre être, de la reconnaissance, celle qui ne laisse rien nous tirer inconsciemment dans la direction opposée.

Comment on y arrive

Ce n'est pas quelque chose qu'on peut simplement décider de faire. L'énergie sexuelle circule bien plus profondément que notre esprit conscient.

On y arrive par la découverte de soi. Par le travail de comprendre ce qu'on cherchait vraiment dans cette personne, et ce qu'on évitait. Par la contemplation, en restant assis avec la relation, en lui faisant face jusqu'à ce qu'un sens nouveau devienne visible.

Et par une conversation honnête avec nos ex, où la vérité est enfin dite par les deux personnes, sans agenda. Où il n'y a plus de pression à devoir dire sa vérité.

La conscience, avec assez de temps et assez d'honnêteté, remet les choses à leur place. Elle ne force rien. Elle éclaire ce qui est vrai, et les choses se réorganisent en conséquence.

En attendant que ça arrive, on se protège, et on protège son partenaire. On garde ses distances.

Mais il ne faut pas en conclure que la distance est la solution permanente pour une vraie liberté, ou que la seule façon d'être fidèle est d'amputer un amour. Il existe une autre possibilité. Et tout ça vient de la découverte de soi, de la contemplation, de la compréhension, et d'une conversation honnête avec nos ex. Ce qui, bien sûr, doit être approuvé par notre partenaire actuel si on est avec quelqu'un. Parce que parler du passé peut réactiver certaines choses tant qu'elles ne sont pas complètement résolues.

Ce processus ne peut donc pas être forcé. Quand les circonstances sont là, et que la volonté de comprendre sincèrement le passé y est aussi, alors ça peut mener quelque part.

Puis, une fois qu'on a fait le travail de comprendre ce qui s'est vraiment passé et ce qui est réellement juste pour ici, maintenant, on voit comment ces nouvelles compréhensions changent tout, apportent la paix à toutes les personnes concernées, et surtout, apportent un nouveau sens du but. Parce qu'on est tous reliés.

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